L’année d’Envol s’adresse aux élèves ayant suivi trois ans de formation à l’école Auvray-Nauroy. Ce cursus propose, en plus de stages d’interprétation, d’expression vocale, d’administration du spectacle vivant, etc. de participer en tant qu’acteur à un spectacle dirigé par un(e) metteur(e) en scène professionnelle, donnant lieu à trois semaines de représentations dans un théâtre parisien.

 Cette année, les élèves de l’Envol ont présenté L’EDEN CINEMA de Marguerite Duras, mis en scène par Muriel Vernet, du 10 au 25 juillet 2018 à la Comédie Nation.

L’EDEN CINEMA de Marguerite Duras (1977)

Avec : Léo Kauffmann, Hadrien Marielle-Tréhouart, Aude Mondoloni, Santiago Montequin, Feriel Salhi

Direction /Mise en Scène Muriel Vernet – Cie Choses Dites

Collaboration artistique/ Lumières : Dominique Pasquet

L’Eden Cinéma, (1977) est une réécriture pour le théâtre de l’un des premiers romans de Marguerite Duras, Un Barrage contre le Pacifique (1950). 

« Marguerite Duras relate l’histoire de sa mère qui, dans les années 20, quitte le Nord de la France jusqu’au delta du Mékong, dans l’espoir d’une vie meilleure. Mais le quotidien dans les colonies ne ressemble pas à ce que cette mère de famille avait imaginé et elle est contrainte de jouer du piano le soir à l’Eden Cinéma pour élever ses enfants. A force d’économiser, elle achètera des terres qui s’avèreront incultivables et se battra en vain contre le Pacifique. Voyageant entre réel et imaginaire, entre vie et fiction, de l’intime à l’universel, cette pièce nous projette dans un pays de violence, de sensualité, de sauvagerie, plein d’odeurs, de bruits et de goûts incroyables. »

« Un bungalow colonial au mobilier banal, très usé, très pauvre. Autour, la plaine de Kam, dans le Haut-Cambodge. Cinq personnages. La mère s’assied sur un siège bas, les autres se groupent autour d’elle. Ils parlent de la mère. De son passé. De sa vie. De l’amour par elle provoqué. La mère restera immobile, lointaine, comme séparée de sa propre histoire. Tout ce qui pourrait être dit ici l’est directement par ses enfants Joseph et Suzanne, par le Caporal et Mr Jo qui l’ont aimée. La mère – objet du récit – n’aura jamais la parole sur elle-même, ni sur sa vie d’enseignante en Indochine, de pianiste à l’Eden Cinéma au temps du cinéma muet, ni sur son existence ingrate, ardue, d’après l’Eden Cinéma. «Elle était dure, la mère. Terrible. Invivable. Pleine d’amour. Mère de tous. Mère de tout. Criante. Hurlante. Dure…»

Extrait de l’interview de Muriel Vernet, pour l’Ecole Auvray-Nauroy et la Comédie Nation, Mai 2018.

Pourquoi Duras?

« Tout d’abord parce que l’œuvre de Marguerite Duras m’accompagne depuis tout temps… Aussi, parce qu’en tant que metteure en scène j’ai déjà travaillé, éprouvé au plateau son univers et son écriture. J’ai notamment créée pour la scène « Le Camion » d’après le scénario du film – 2008/2009 – et dernièrement adapté son roman « La Pluie d’été » (2017) – enfin j’ai proposé de nombreuses lectures autour de ses divers écrits. Son œuvre est éminemment universelle, intergénérationnelle et inépuisable…Traversée toujours par des forces reconnaissables par tous, des thématiques qui appartiennent à tous : l’enfance et la mère, l’amour et le désir, la guerre et la lutte, la mort… Je sais que chez elle la frontière entre roman, théâtre et cinéma est poreuse…Que « la parole est porteuse de tout » ou encore si « on voit rien, on voit tout »

 Alors pourquoi L’Eden Cinéma et avec de jeunes acteurs ?

« L’Eden Cinéma, adaptation du roman fondateur de Duras est une pièce sur l’enfance, la jeunesse, sa liberté et sa perte…Son titre même, nous dit quelque chose sur une « idée du bonheur », de « paradis » ; en tout cas de sa recherche et qui, chez Duras devient « Le Malheur merveilleux »… Le Paradis perdu …Et puis il y a « le Cinéma » : autre champ d’investigation chez Duras et pas des moindres…Ce champ de tout ce que l’on projette, de ce que l’on phantasme…Ce serait donc « le paradis du cinéma perdu » ? Le cinéma (encore) muet ? Quand on connait les colères de Duras sur le cinéma de grande exploitation, c’est tentant de jouer avec cela…Et surtout avec des jeunes acteurs d’aujourd’hui. 

Aussi, ces 5 jeunes acteurs (correspondant à la distribution – 3 hommes/2 femmes) ont été « émerveillés » par cet écrit, n’avaient jamais travaillé sur un texte de Duras et je trouve que c’est un endroit pour eux d’éprouver ce que c’est qu’être acteur… Passeur, porteur d’une écriture – qu’elle soit théâtrale, romanesque ou cinématographique, dans un engagement absolu de « vérité » qui de fait est partageable avec le public… »

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